Historique
Chronique d'une Académiei
C'est le 9 décembre 1944 qu'est fondée l'Académie canadienne-française, à l'initiative de Victor Barbeau, qui réunit quinze écrivains et intellectuels en vue de l'époque : Marius Barbeau, Roger Brien, Robert Charbonneau, Robert Choquette, Marie-Claire Daveluy, Léo-Paul Desrosiers, Guy Frégault, Alain Grandbois, Lionel Groulx, François Hertel, Louis Lachance, Gustave Lamarche, Rina Lasnier, Philippe Panneton (Ringuet) et Robert Rumilly. Se donnant comme mission première de défendre la langue française et de promouvoir la littérature nationale, l'Académie entend participer activement à la croissance de la culture au Québec et au Canada. Sa devise, Feu qui dure, exprime ce désir d'un dynamisme toujours renouvelé pour développer la vie culturelle, établir une tradition littéraire et valoriser le travail des écrivains canadiens-français. Le symbole de l'Académie est d'ailleurs Athéna, déesse de l'intelligence, des arts, de la littérature et de la prospérité des cités. En 1992, l'Académie canadienne-française devient l'Académie des lettres du Québec, ce qui montre bien que l'organisme sait s'adapter à l'évolution politique de la société. À la présidence de l'Académie se succéderont Victor Barbeau (1944-1947 et 1953-1974), Philippe Panneton (1947-1953), Robert Choquette (1974-1980), Roger Duhamel (1980-1982), Jean-Guy Pilon (1982-1996), Jean Royer (1997-2004) et Jacques Allard (2004-2008).
Animée par un profond désir d'échange entre les générations, d'ouverture sur les autres communautés de la francophonie et du monde, ainsi que par une volonté d'intervention dans la vie littéraire et culturelle, l'Académie s'efforce, depuis soixante ans déjà, de participer au développement intellectuel du Québec. Dès ses débuts, elle s'implique dans la codification de la langue tout en défendant les particularités locales. De 1954 à 1961, cette vocation s'affirme dans son Bulletin de linguistique, largement diffusé dans les établissements scolaires. En 1953, elle propose la constitution d'un Office de la langue française, ce qui adviendra en 1962. En 1955, l'Académie entreprend une étude sur l'instruction anglaise des enfants néo-canadiens : un mémoire sera remis l'année suivante au Conseil de l'Instruction publique. Son implication dans la question linguistique se poursuit même après l'adoption de la loi 101. En 1992, elle s'oppose à une réforme de l'orthographe proposée en France et, en 1994, elle appuie, contre l'Académie française, l'Académie royale de langue et littérature belge dans son effort de féminisation des métiers et des titres. En 2001, elle dépose, devant la Commission des États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, un mémoire sur la langue.
L'Académie œuvre aussi sur le plan culturel. En 1946, elle crée la médaille de l'Académie, décernée chaque année à un écrivain pour l'ensemble de son œuvre ou à une personnalité de la vie culturelle. En 1949, l'Académie soumet un mémoire à la Commission Masey sur l'avancement des arts, des sciences et des lettres au Canada. Avant-gardistes, les académiciens réclament un écrivain qui représente le Canada à l'Unesco, des attachés culturels à l'étranger, la diffusion d'œuvres canadiennes-françaises dans d'autres pays, des subventions gouvernementales pour les sociétés littéraires et artistiques, la création d'un service culturel au Secrétariat d'État, la création d'une Bibliothèque nationale et du dépôt légal des ouvrages publiés au Canada : ces propositions appartiennent aujourd'hui à notre réalité. Jusqu'en 1969, elle publie Les Cahiers de l'Académie, qui veulent faire connaître la littérature du Québec.
Depuis les années 1980, l'Académie s'implique activement dans la vie culturelle québécoise. Elle attribue chaque année trois prix : pour le roman (le prix Molson, devenu en 1997 le prix Ringuet), pour la poésie (le prix Alain-Grandbois) et pour l'essai (le prix Victor-Barbeau). Depuis 1983, elle organise une colloque annuel. Depuis 1994, elle prend en charge la revue Les Écrits et la Rencontre québécoise internationale des écrivains. Elle nomme des écrivains étrangers membres honorifiques de l'Académie et intensifie ses liens avec d'autres académies de la francophonie. Elle fait paraître un bulletin annuel, Le bulletin de l'Académie, qui diffuse les réalisations des académiciens, tout en soulignant leur implication dans la vie culturelle au Québéc et ailleurs.
Si l'Académie a grandement favorisé dans le passé la reconnaissance du fait français au Québec, elle a aussi éminemment contribué à l'essor de la vie littéraire et continue de défendre la qualité et l'originalité de la culture québécoise.
