Colloque des écrivains

Le Colloque des écrivains se tient annuellement
et réunit une quinzaine d’écrivains et de spécialistes autour d’un thème d’actualité.

Le 31e Colloque des écrivains se tiendra
le vendredi 18 octobre 2013
dans l’auditorium du Centre des Archives de Montréal.
La direction est assurée par Madame Sherry Simon et Monsieur Pierre Nepveu.

La question de la traduction, de ses enjeux intellectuels et esthétiques, n’a guère préoccupé les écrivains québécois jusqu’à une date assez récente. En 1975, Jacques Brault faisait figure de pionnier en joignant à ses traductions de poésie canadienne-anglaise et américaine, dans Poèmes des quatre côtés,  une réflexion sur l’acte de traduire et sur le « décentrement » qu’il suppose. Jusque là, c’est surtout sous l’angle de l’usage public, trahissant la dépendance et la précarité du français au Québec, qu’était envisagée la question. Que ce soit sur le plan de la pratique quotidienne ou sur celui de la littérature, « les clefs de la traduction appartiennent aux puissants », remarquait d’ailleurs Brault, en songeant sans doute au fait que les langues hégémoniques nous obligent à les traduire, mais qu’elles ont aussi le pouvoir de traduire, comme en témoigne le fait que c’est essentiellement par la France que nous avons toujours eu accès aux œuvres littéraires étrangères, y compris la plupart des œuvres nord-américaines.
Quelle peut être la place de la traduction dans une petite littérature comme celle du Québec? Que dit-elle de la vitalité de la langue et de la culture où elle se pratique? Chose certaine, la situation linguistique et littéraire a beaucoup évolué depuis la fin des années 1970. À Montréal surtout, jamais le français ne s’est trouvé autant en rapport avec d’autres langues, jamais aussi il n’a autant assumé sa propre diversité d’accents et de registres. Sur le plan littéraire, la légitimité nouvelle du français et de sa variante québécoise, inséparable d’une culture et d’une sensibilité propres, a forcément entraîné une revalorisation de la traduction, notamment dans le domaine du théâtre, où il est devenu habituel de traduire ici les pièces étrangères. L’essor se manifeste également dans le domaine du roman : si un Jean Simard faisait plutôt figure d’exception, dans les années 1950-1960, en tant que romancier traducteur, il n’en est plus de même aujourd’hui où plusieurs écrivains québécois ont une pratique de la traduction romanesque et donnent des versions de qualité de romans écrits surtout en anglais, la réciproque étant d’ailleurs vraie puisque Montréal est aussi un haut-lieu de la traduction en anglais des œuvres québécoises.
La poésie n’est pas en reste, puisque depuis les années 1980, la plupart des principaux éditeurs, comme aussi certaines revues, proposent des œuvres traduites de l’anglais, de l’espagnol, de l’italien, voire du persan et du coréen, etc. La représentation de l’acte de traduire, dans un film récent de Bernard Émond où le personnage principal travaille à traduire un poète polonais, paraît à cet égard significatif d’un phénomène plus large, d’une circulation et d’un entrecroisement des langues et des imaginaires  caractérisant  les créations  culturelles québécoises aujourd’hui. Cela est particulièrement sensible au cinéma, notamment par la présence fréquente d’autres langues (l’anglais, les langues amérindiennes, l’arabe, l’espagnol) traduites par des sous-titres. Que penser en outre des « effets de traduction » qu’implique l’adaptation cinématographique de la pièce Incendie de Wajdi Mouawad par Denis Villeneuve et de la relation intime qui s’y joue entre le français et l’arabe?
Sans prétendre aborder tous les aspects de la question, le présent colloque voudrait prendre acte de cette pratique importante de la traduction littéraire et artistique au Québec et en mesurer la signification et la portée. Quel est l’apport de la traduction à la culture québécoise actuelle? Que disent ces pratiques très diverses de la circulation entre les langues et les imaginaires?  Que tirent les écrivains eux-mêmes de leur expérience de la traduction, y compris lorsqu’ils sont eux-mêmes traduits?  Bref, c’est une brève enquête sur cet espace de relation et de transaction ouvert par l’acte de traduire que nous voudrions au moins amorcer.

 

Vendredi 18 octobre 2013
ENTRÉE LIBRE
 
 
Programme - version pdf
 
 
9h 00:  
 
Mot de bienvenue,  Pierre Nepveu, membre du comité organisateur
 
Ouverture du colloque, Émile Martel, Président de l’Académie des lettres du Québec
 
Présentation du conférencier d’honneur,  David Bellos, par Françoise Guénette, animatrice de la journée
 
Françoise Guénette est journaliste indépendante et animatrice. Elle a été reporter à la radio de Radio-Canada, animatrice d’émissions de télévision et co-rédactrice en chef du magazine La Vie en rose
 
9h 15 : 
 
Conférence du professeur David Bellos, Université Princeton, auteur de Le Poisson et le bananier, une fabuleuse histoire de la traduction (Flammarion 2012), biographe et traducteur de Georges Perec, auteur d’études sur Romain Gary et Jacques Tati, traducteur plusieurs fois primé. 
 
10h 45-11h 00 : Pause-café
 
11h 00-12h 30 : Panel : La traduction littéraire au Québec
 
Participants :
 
Lori Saint-Martin,  romancière, critique, et traductrice avec Paul Gagné d’une quarantaine d’ouvrages de littérature canadienne-anglaise. 
 
Hugh Hazelton, poète et traducteur de l’espagnol, du français et du portugais vers l’anglais.  Il est directeur du programme de traduction littéraire au centre Banff. 
 
Dominique Fortier, traductrice et romancière. Elle  a publié une vingtaine de traductions littéraires, d’écrivains canadiens et étrangers et elle est l’auteure de trois romans :  Du bon usage des étoiles, Les larmes de saint Laurent et La porte du ciel
 
12h 30 : Déjeuner
 
14h 15 : Panel :  La traduction au théâtre
 
Participants : 
Jean-Marc Dalpé, dramaturge, romancier, poète, comédien et traducteur. Il
a œuvré au Théâtre du Nouvel Ontario avec Brigitte Haentjens avant de
développer une œuvre forte, diversifiée, couronnée par de nombreux prix. Sa
traduction du Hamlet de Shakespeare au Théâtre du Nouveau Monde en 2011 a
été saluée par la critique. 
 
Paul Lefebvre, traducteur, metteur en scène et professeur de théâtre. Il a travaillé au Centre national des Arts comme directeur artistique fondateur de la biennale Zones Théâtrales et adjoint artistique de Denis Marleau, après avoir été directeur littéraire au Théâtre Denise-Pelletier. Il est conseiller dramaturgique au CEAD depuis janvier 2010.
 
Maryse Warda,  traductrice en français de plusieurs pièces de théâtre de langue anglaise, notamment de George F. Walker, Daniel Brooks, David Hare, John Mighton, Harold Pinter et Philip Ridle.  Longtemps collaboratrice du Théâtre de Quat’sous, elle a été Directrice générale adjointe de l’École nationale de théâtre de 2002 à 2004. 
 
Lorraine Pintal est directrice artistique et générale du Théâtre du Nouveau Monde à Montréal depuis 1992.
 
15h 45-16h 00 : Pause-café
 
16h 00-17h 30 :  La traduction : quel rôle pour la culture québécoise?
Participants : 
 
Pierre Anctil, traducteur d’une dizaine d’ouvrages du yiddish au français, essayiste et auteur de plusieurs études sur les relations interculturelles au Québec. 
 
Kevin Tierney, auteur et producteur notamment du film à succès, Bon Cop, Bad Cop.  (2006)
 
Abla Farhoud,  dramaturge et romancière, auteure, entre autres, des romans Le bonheur a la queue glissante,  Le fou d'Omar et  Le Sourire de la Petite Juive.
 
Mot de la fin:  Sherry Simon, membre du comité organisateur
 
17h 30 : Vin d’honneur